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Qu’entendez-vous dans vos campagnes ?

En avril 2007, on a vu fleurir dans les rues de Grenoble une "campagne de sensibilisation" à destination des usagers de la rue. Avec l’augmentation du nombre de cyclistes dans les rues de Grenoble, les élus de la Mairie et la Métro ont souhaité rappeler les bons choix, les bons réflexes et les bonnes pratiques. Nous avons réagi à cette campagne pas très vélorutionnaire.

Cette campagne vise sans trop le dire les cyclistes. Le flot grandissant de vélos dans les rues de Grenoble (et dans les villes françaises plus généralement) semble déranger alors qu’il représente un énorme avantage en termes de qualité de vie et de développement durable.

Le comportement des cyclistes est considéré incivique par certains. A notre avis, il démontre surtout le fait que les infrastructures cyclables et le code de la route sont inadaptés au nombre grandissant de cyclistes. Nous profitons de cette campagne pour soulever la question de la distribution de l’espace public entre les modes de transport.

A partir de cette campagne qui expose les conflits vélos/piétons, les règles de priorités aux carrefours et le respect des plus vulnérables sur la chaussée, nous nous permettons de prendre la balle au bond et de redéfinir les enjeux cachés derrière ces "incivilités".

Qui est responsable des " incivilités " des cyclistes ?

Réponse A : Les cyclistes eux-mêmes
Réponse B : La mairie et la Métro pour leurs aménagements cyclables
Réponse C : Le code de la route
Réponse D : Tout le monde.

Evidemment, pour nous la bonne réponse est la D. Toutefois nous déplorons la vision de la ville de Grenoble qui de fait semble attribuer la responsabilité aux seuls cyclistes. Nous avions déjà fait part de nos commentaires à la Mairie de Grenoble concernant la dernière campagne d’affichage réalisée l’an passé. Nous recommençons cette année par une petite explication d’une nouvelle campagne d’affichage contre-productive. Car les cyclistes sont des citoyens particulièrement respectueux des autres et de l’environnement, leur comportement n’est qu’une réponse à la place qu’on leur donne dans la ville.

La première affiche concerne le " BON CHOIX " de ne pas rouler sur les trottoirs.

Le code de la route dit qu’un cycliste peut rouler sur les trottoirs quand il a moins de 8 ans (De ce fait, ses parents ne peuvent donc pas l’accompagner à vélo sur le trottoir).

En tant que cyclistes, nous ne voulons pas rouler sur les trottoirs. Nous souhaitons laisser le trottoirs aux piétons, aux handicapés, aux poussettes et autres personnes âgées.

Jamais un cycliste ne roule sur un trottoir par gaîté de coeur. On le fait dans trois situations :

1. Les cyclistes moins aguerris peuvent se sentir démunis sur la chaussée par rapport aux automobiles. Leur sentiment d’insécurité les amène à rouler sur le trottoir. Cette pratique appelle à développer des aménagements de quartier plus justes et efficaces.

2. Les rues à sens unique, créées pour gérer le flot automobile forment un labyrinthe pour les cyclistes. Sans double sens cyclables, il faut parcourir une distance au moins trois fois plus grande pour respecter le code de la route. Nous appelons donc à la généralisation des doubles sens cyclables dans l’agglomération grenobloise (C’est déjà le cas dans d’autres agglomérations, notamment Strasbourg).

3. Les aménagements cyclables sur les trottoirs. La plupart des aménagements cyclables récents de l’agglomération sont dessinés sur les trottoirs. Il semble donc bien culotté de la part de la Mairie de Grenoble, après avoir rejeté les cyclistes sur les trottoirs, de leur demander de ne pas y rouler. En plaçant les bandes et pistes cyclables sur l’espace piéton, les décideurs favorisent les conflits entre les usagers de la rue les moins dangereux et les plus respectueux de l’environnement (voir également la page des aménagements cocasses).

Dans ce contexte, pourquoi vouloir stigmatiser les cyclistes sans considérer les responsabilités qui incombent à l’aménagement de la voirie et à la gestion de la circulation ?

Nous nous permettons donc de faire une campagne de sensibilisation auprès des élus :

La deuxième affiche concerne le " BON REFLEXE " de s’arrêter au feu rouge.

Après discussion avec le directeur du cabinet du maire nous avons appris qu’il n’y aurait pas de campagne de verbalisation des cyclistes de la part de la police municipale ; mais une simple campagne d’information aux cyclistes pris en flagrants délits.

Au sein de notre association, il y a débat quant à appeler à la désobéissance civile sur ce sujet. Nous ne souhaitons pas justifier le comportement dangereux de certains cyclistes, mais il faut bien admettre que les feux rouges sont faits pour réguler la circulation automobile. Comme les STOP, ils sont adaptés à la visibilité au sein de l’habitacle des voitures. Or, à vélo, on a à la fois une meilleure visibilité, une meilleure perception sonore et une bien meilleure réactivité. Dans bien des cas il est possible de " griller un feu " à vélo tout en étant parfaitement prudent. C’est le cas pour les piétons, pour qui la campagne de communication n’appelle pas à respecter les feux. Est ce parce que la plupart des piétons sont des automobilistes qui viennent de quitter ou rejoignent leur voiture ?

La troisième affiche concerne la " BONNE CONDUITE " de respecter les vélos quand on est en voiture.

Merci, cette affiche laisse espérer que " l’incivisme " n’est pas que le fait des cyclistes. Et que d’autres usagers de la rue manquent parfois de respect ! On peut à ce sujet regretter que les deux-roues motorisés n’aient jamais fait partie des campagnes de prévention de la Mairie de Grenoble. Pourtant, plusieurs usagers de ces modes de transport sont morts l’année passée dans l’agglomération. Pourquoi n’y a t’il aucune information ou sensibilisation concernant les motos, est-ce parce que nos élus se déplacent à moto ?

Pour nous, la bonne conduite, c’est d’utiliser au minimum sa voiture ou sa moto en ville pour respecter l’environnement, son quartier et ses habitants. Plus de la moitié des déplacements en voiture dans l’agglomération font moins de 2km. Ce sont des trajets qui peuvent être réalisés très facilement à pied ou vélo.

Pour favoriser l’usage de ces modes de transport, il faut pacifier la rue en développant des zones trente, mais surtout redistribuer l’espace public en leur faveur. Nous souhaitons que les trottoirs ne soient pas une course d’obstacles entre poubelles et voitures mal garées, et les pistes cyclables soient sûres, efficaces et incitent les non cyclistes à chevaucher un vélo.

La redistribution de l’espace public envers les modes de déplacement de proximité nécessite de reprendre l’espace destiné à la circulation et au stationnement des automobiles. Ainsi, les quartiers seront plus agréables et les commerces de proximité recevront eux aussi un bol d’air pur. Car soyons clair, les voitures transportent plus de consommateurs dans les grandes surfaces en périphérie qu’elles n’en amènent dans les quartiers.

Messieurs et Mesdames les élus, plutôt que d’élaborer une campagne d’information contre-productive qui stigmatise le comportement des cyclistes, il est temps de se donner les moyens de mettre en oeuvre une réelle politique de déplacement en faveur du vélo et des modes doux.

Les associations locales, l’ADTC et " Un P’tit vélo dans la tête ", sont prêtes à participer et à relever le défi à vos côtés avec, comme ambition, de permettre à Grenoble de se comparer aux meilleures villes européennes dans le domaine.

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