Aller au contenu Aller au menu Aller à la recherche

Accueil > Le vélo en ville > Ne pas confondre vitesse et précipitation !

Ne pas confondre vitesse et précipitation !

Dans l’imaginaire collectif, on croit que la voiture roule plus vite qu’un vélo. Mais dans la réalité ce n’est pas toujours le cas. Voici quelques rappels théoriques sur la vitesse généralisé, un calcul proposé dans les années 1970 par Ivan Illitch.

En 1973, Ivan Illitch proposait dans ouvrage "énergie et équité" un petit calcul simple sur la vitesse réelle de déplacement. Cet auteur américain proposait de considérer dans le calcul de la vitesse de déplacement le temps passé à gagner son argent pour acheter une automobile et le carburant.

Le calcul repris et actualisé.

Un automobiliste parcourt en ville (en étant généreux étant donné les conditions de circulation) 40 km par heure. La voiture de cet automobiliste lui coûte environ 5 000 euros par an pour 10 000 km parcourus chaque année. Cela représente finalement 0,5 euro/km.

Si l’on considère un employé au SMIC (Salaire Minimum Interprofessionel de Croissance), cet automobiliste gagne 6,63 euros net par heure. Il lui faut donc 7h30 pour réaliser 100 km. En tout, en additionnant le temps passé à gagner de l’argent pour utiliser son véhicule et le temps passé dans la circulation (7h30 + 2h30), cet automobiliste doit consacrer 10h pour parcourir 100 km.

Ainsi cet automobiliste smicard effectue une moyenne de 10 km par heure. Sans être un sportif de haut niveau, à vélo on peut aisément circuler en ville à 15 km/h ! !

Pédalez plus pour gagner plus

Le slogan "pédalez plus pour gagner plus" prend tout son sens après ce petit exercice d’arithmétique. Un vélo et une adhésion achetée à Un P’tit vélo dans la tête coûte 50 euros à notre salarié smicard, ce qui représente 7h30 de travail. En considérant qu’il s’équipe de bon pneus et de bonnes chambres à air et quelques passages à l’atelier, nous considérons 17h de travail total sur l’année.
Si son parcours est de 10 km aller-retour,il met 2 semaines pour faire 100 km et fait 40 minutes de vélo par jour à 15 km/h. En additionnant son temps passé à acheter et réparer son vélo, notre brave cycliste smicard roule à 13,5 km/h et il économise des milliers d’euros sur l’année. Il peut alors manger plus ou travailler moins, libre à lui de choisir.

Entre auto et vélo, il ne faut pas confondre vitesse et précipitation ... Cela donne envie de relire La Fontaine !

La dictature de la voiture

La vitesse réelle est belle et bien le noeud de la politique de mobilité urbaine. Et la question est bel et bien : pourquoi utiliser sa voiture dans les bouchons en polluant l’air et en réchauffant la planète si c’est pour aller moins vite que si on circulait à vélo ?

Voici en quelques lignes la réponse d’Ivan Illitch (1973) :
"Les maux de la circulation sont dus, à présent, au monopole du transport. L’attrait de la vitesse a séduit des milliers d’usagers qui croient au progrès et acceptent les promesses d’une industrie fondée sur l’utilisation intensive du capital. L’usager est persuadé que les véhicles surpuissants lui permettent de dépasser l’autonomie limitée dont il a joui tant qu’il s’est déplacé par ses seuls moyens ; aussi consent-il à la domination du transport organisé aux dépens du transit autonome. La destruction de l’environnement est encore la moindre des conséquences néfastes de ce choix."

Ainsi pour Ivan Illitch, l’automobile devient indispensable en détruisant l’environnement urbain où les piétons et les cyclistes étaient rois. La motorisation ne constitue plus un choix mais une nécessité et construit un « monopole radical » tout en diminuant l’équité sociale.

L’instauration d’un système automobile s’impose à la ville sans nécessairement offrir de gains en terme d’accessibilité puisque la congestion réduit la vitesse de circulation des automobilistes à une vitesse inférieure à celle des cyclistes.
La notion de monopole radical d’Illitch c’est finalement la dictature de la voiture qui allonge les distances, transforme la ville et décourage la circulation à vélo en la rendant dangeureuse. Cette dictature creuse les inégalités sociales, détruit l’environnement, gâche les ressources naturelles et modifie notre imaginaire.

SPIP 3.0.21 [22462] | Squelette BeeSpip v.3.1.0